Pour la rentrée théâtrale 2007, Stanislas Grassian a réalisé trois mises en scène à la Cartoucherie de Vincennes, au théâtre de l’Epée de Bois sous le parrainage artistique de Jean-Claude Penchenat.
A des milliers de kilomètres du petit café oùses amis l’attendent, Sam, parti rejoindre son père mourant au bord de la mer noire, se confronte à l’inconnu. Les personnages de la pièce sont au bord d’un monde où ils n’ont pas leur place. Leur âme , à fleur de peau, est d’une découpe irrégulière, comme des falaises où tout peut basculer en une poignée de secondes.
Mort d’un hétéronyme, Cartoucherie - Théâtre de l’Epée de Bois (Paris), du 31/10 au 8/11/2007
Comédie dramatique de Dostoievski, mise en scène de Stanislas Grassian avec Luc Altadill, Marco Candore, Jacques Courtès, Stanislas Grassian, Lise Hervio, Claudia Morin, Isis Philippe et Axelle Simon.
C’est une comédie grinçante autour des thèmes du pouvoir et de l’argent. Cette fiction visionnaire annonce le culte de l’éternelle jeunesse et le règne de l’image et du corps.
Avec "Le songe de l’oncle", Doistoievski livre une satire sociale caustique de ses contemporains sous le fard d’une comédie. L’arrivée d’un vieux prince décrépi, mais célibataire et riche, cause un grand émoi dans le microcosme de la petite bourgeoisie provinciale russe, notamment parmi les dames, à une époque où le mariage était la seule et inexorable destinée de la femme.
L’une d’entre elles, réaliste et pragmatique, soucieuse de trouver un mari à sa fille déjà "avancée" en âge, et surtout dont la réputation pâtit d’une passion malencontreuse pour un jeune homme de condition inférieure, malade et désargenté, y voit un parti inespéré et une opportunité à ne pas rater.
Dans une partition musicale, originale et intéressante, de Luc Altadil, Stanislas Grassian met en scène avec sagacité et modernité cet épisode de la comédie humaine qui mêle le rire du désespoir au tragique et donne une traduction judicieuse et réussie à cette comédie burlesque dont le pathétisme tragique avance masqué, de la bouffonnerie au grotesque, comme une sarabande infernale autour de la jeune fille, seul personnage encore dans l’humanité.
Et si le public est particulièrement sensible à la prestation spectaculaire de Marco Candore, dans le rôle du vieillard cacochyme au visage recouvert d’un masque de compression, tous les comédiens sont à la hauteur de l’exercice et concourent à la réussite de cette impitoyable pantomime. ( Froggy delight)
Fernando Pessoa, poète portugais du début du vingtième siècle, et homme à l’apparence ordinaire, puise sa force créatrice au travers de ses hétéronymes, personnalités parallèles qui l’inspirent et le hantent. Le collectif Hic et Nunc nous offre un spectacle basé sur la vie et l’écriture de Pessoa, qui mêle poésie et énergie dramatique.
Il est souvent facile d’oublier l’importance de la simplicité au théâtre. Il n’y a pas de solutions de facilité dans la mise en scène de Fernando Pessoa, mort d’un hétéronyme, mais bien une simplicité inventive qui incite le spectateur à se plonger de plus près dans le monde intime du poète portugais. L’œuvre poétique de Pessoa est au centre du spectacle. Ainsi, Stanislas Grassian, en tant que metteur en scène, réussit à restituer la beauté des textes de Pessoa sans les dénaturer, mais en leur donnant une nouvelle dimension avec les techniques théâtrales. Afin de raconter la « tempête sous le crâne de Pessoa », tous les éléments sont invoqués harmonieusement : effets ingénieux de lumière, musique originale et jeu complet des acteurs.
Après s’être colleté à un géant de la littérature russe, Doistoievski avec "Le songe de l’oncle", présenté dans le cadre de ce 1er Festival Automne à tisser, initié par le Théâtre de l’Epée de Bois avec "Les falaises" de Stéphane Jaubertie, Stanislas Grassian emmène sa compagnie Hic et Nunc du côté de chez Fernando Pessoa vers une nouvelle aventure.
Une nouvelle aventure enthousiasmante avec ce très réussi spectacle qu’il a construit à partir de l’adaptation des textes de l’écrivain et poète portugais qui se décrivait comme un hystéro-neurasthénique.
Atteint de schizophrénie existentielle, Pessoa procède à la fragmentation du moi comme thérapeutique au complexe de la mère morte et à l’angoisse de l’anéantissement et crée des avatars littéraires dont les trois principaux, subitement saisis d’une vie autonome, viennent l’assaillir pour évoquer ou invoquer la métaphysique de la création.
Dans une scénographie inventive, poétique, grave et ludique, entre conte fantastique et délire onirique, Stanislas Grassian cerne le territoire incertain de l’imaginaire de Pessoa avec un sens aigu de la dramaturgie dans le cadre de la représentation théâtrale accessible à tous, même néophyte de l’oeuvre de cet auteur, et à donner envie de le lire, ou le relire, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites.
Une aventure audacieuse et couronnée de succès également par l’interprétation inspirée de tous les comédiens Jacques Courtès, Alexis Perret, Isis Philippe et Stanislas Grassian lui-même, autour de Didier Garreau incarnation remarquable de ce sceptique qui écrivait que"... rien que pour entendre passer le vent, il vaut la peine d’être né".


